EDITO - 28ᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

N’avez-vous jamais salivé en lisant le réveillon des Trois Messes basses de Daudet ? Garrigou égrène devant dom Balaguère dindes truffées, faisans, gélinottes, anguilles, carpes dorées, vins, confitures, pâtisseries… À mesure que le menu s’allonge, la messe, elle, raccourcit !
Isaïe nous ouvre l’appétit lui aussi : Dieu prépare « des viandes grasses et des vins capiteux ». Mais ce festin est celui de l’Alliance : Dieu veut faire entrer son peuple dans sa joie. Le psaume le dit déjà au présent :
« Je ne manque de rien… Tu prépares la table pour moi. »
Alors l’Évangile devient franchement étonnant. Un roi célèbre les noces de son fils. On attendrait courtisans, solliciteurs et pique-assiette ! Or personne ne se précipite. Plus étrange : ce ne sont pas les sujets qui sollicitent le roi, c’est le roi qui les sollicite. Une fois, deux fois : « Tout est prêt, venez ! »
Eux préfèrent leur champ, leur commerce. Car une invitation, même gratuite, dérange toujours un peu la vie que nous avions organisée.
Nous avons été nombreux à nous émerveiller de la ferveur entourant la venue du Pape en France. Tant mieux ! Mais dire : « C’était formidable ! », puis ne pas pousser la porte de l’église le dimanche suivant, c’est se contenter du fumet du festin sans en goûter les plats. L’émotion n’est pas encore une réponse.
Répondre, c’est « se mettre en frais ». Nos grands-parents « s’endimanchaient » pour la messe : leur vêtement disait que le dimanche, jour de la Résurrection, n’était pas un jour ordinaire. Une belle tenue honore celui qui nous reçoit et manifeste que cette rencontre compte.
Et nous voilà parfois bien pleutres ! Pourquoi craindre de perdre le peu que nous nous sommes donné quand Dieu nous offre la plénitude ?
Reste l’homme sans habit de noces : le festin sans « se mettre en frais », l’émotion sans la conversion, la foi sans la charité. Le roi l’appelle encore : « Mon ami… » Mais l’homme garde le silence et reste de marbre.
Voilà l’enjeu : Dieu prépare, invite, insiste. Mais il ne répondra jamais à notre place. C’est ici l’espace de notre liberté et de notre responsabilité.
Don Vincent