EDITO - XVIIIᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

EDITO - XVIIIᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Qui nous nourrit ?

Il est une vérité simple que l'Évangile de ce dimanche (la multiplication des pains : Mt 14, 13-21) nous invite à redécouvrir : ceux qui nous nourrissent sont d'abord ceux que nous écoutons.

La foule ne vient pas chercher du pain. Elle vient écouter Jésus. Sa parole ouvre les cœurs avant que ses mains ne rompent les pains. La nourriture matérielle viendra ensuite, comme le signe visible d'une nourriture plus profonde : « l'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »

L’homme vit de ce qu'il mange, certes, mais aussi de ce qu'il reçoit, de ce qu'il croit et de celui qu'il choisit d'écouter. Or notre époque est saturée de paroles. Publicités, écrans, réseaux sociaux, intelligence artificielle, experts en tout genre : chacun sollicite notre attention, façonne nos désirs et nous souffle ce qui devrait nous rendre heureux. La logique est toujours la même : il faudrait posséder davantage, consommer plus, ne manquer de rien. Cette abondance promise produit pourtant bien souvent l'effet inverse : elle nourrit l'insatisfaction, entretient le sentiment du manque et nous laisse prisonniers d'un désir sans cesse renouvelé.

Jésus, lui, ne commence pas par le manque. Il commence par ce qui existe déjà : cinq pains et deux poissons. Une pauvreté dérisoire aux yeux des hommes, mais une richesse immense lorsqu'elle est confiée à Dieu. Le Royaume ne naît pas de l'abondance, mais du partage ; non pas de l'accumulation, mais de la confiance. Là où notre société demande : « Que me manque-t-il encore ? », le Christ nous demande : « Qu'es-tu prêt à offrir ? »

C'est là que la foi devient une véritable école de liberté. Elle nous apprend que la fécondité d'une vie ne dépend pas de ce que nous accumulons, mais de ce que nous partageons. Celui qui donne découvre qu'il ne s'appauvrit pas : il participe déjà à la générosité de Dieu.

Cette conviction éclaire avec force la récente encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV. Le Saint-Père nous invite à retrouver une humanité capable de résister à tout ce qui réduit la personne à un consommateur, à un utilisateur ou à une donnée. Il nous rappelle que l'homme grandit lorsqu'il entre en relation, lorsqu'il reçoit, lorsqu'il donne, lorsqu'il fait confiance. Autrement dit, lorsque son cœur demeure libre.

Au fond, la multiplication des pains nous pose une question décisive : qui nourrit réellement notre vie ? Les voix qui nous promettent toujours davantage ou la Parole de Celui qui fait beaucoup avec le peu que nous lui remettons ?

Dans chaque Eucharistie nous avons la réponse. Nous venons écouter le Christ avant de recevoir son Pain. Et c'est de cette double nourriture que naît une existence capable de partager, d'espérer et d'aimer. Car celui qui se laisse nourrir par le Christ devient, à son tour, un pain rompu pour ses frères.

Don Bruno