EDITO - 11ᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

EDITO - 11ᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Quelle drôle de messe ! (Suite)

« La paix du Seigneur soit toujours avec vous. »

Ah... Le fameux moment de la soupe de poignées de mains. Ils sont pénibles, tous ces curés qui veulent absolument qu'on se serre la pince. Comme si la paix de Dieu passait par là !

« Bon... La paix du Christ, monsieur ! »

Tiens... Ce geste semble lui faire du bien, à ce monsieur-là. Peut-être suis-je le seul à lui avoir parlé aujourd'hui ? Peut-être suis-je le seul à lui avoir serré la main ? Finalement, cette paix du Christ, elle n'était peut-être pas seulement pour moi. Peut-être voulait-Il qu'elle passe par moi. Merci Seigneur pour un petit acte de charité si facile !

Voilà la communion... Plus que dix minutes... Pardon, Seigneur !

Décidément, même à ce moment-là, je suis désinvolte. Vraiment, je ne suis qu'un simple consommateur à la messe. Allez ! Concentre-toi ! Tu vas communier. Un peu de décence.

Et dire que tu vas communier avec ces mains crades... C'est là-dedans que le Roi des rois va être déposé... Tu ne respectes vraiment rien ! Depuis hier soir, je ne les ai même pas lavées. J'ai vraiment honte, vu comment la soirée s'est terminée... Décidément, tu veux vraiment recevoir Jésus là-dedans ? On dirait ton âme ! D'ailleurs, cela fait bien deux ans qu'il n'y a pas eu là-dedans de nettoyage en profondeur. Ce n'est plus un temple, c'est une poubelle. Vais-je vraiment recevoir Jésus dans cet état ? Lui, le Roi des rois ? Le Dieu vivant ?

Alors, pour une fois, sois courageux, responsable et humble. Assume : tu n'es pas prêt à Le recevoir aujourd'hui. Mets tes mains croisées sur le torse... allez !

Je m'avance. Le prêtre me regarde avec un immense respect et me bénit. Dans son regard, j'ai l'impression que c'est le Christ Lui-même qui m'aime et me bénit.

C'est étrange... Je suis allé à la messe comme d'habitude et je n'ai pas communié aujourd'hui, mais j'ai reçu l'amour de Dieu.

Quelle drôle de messe !

Je reviens à mon siège. C'est dimanche et je n'ai pas communié... comme si la communion était un dû... je la reçois machinalement. Mais à la place, cet acte d'humilité a fait grandir en moi un manque, un besoin, un désir brûlant de recevoir 

de nouveau le Christ. Un désir de conversion, de confession, de pardon et de goûter un amour plus grand. Cette semaine, je ferai ce qu'il faut. Je me confesserai. Et je reviendrai dimanche prochain. Ou plus tôt, peut-être. Et là, fier, je serai vainqueur avec Toi, Seigneur ! Et là, je Te recevrai, mon Dieu, dans ta demeure. Je T'accueillerai dans une âme plus disposée. Je goûterai de nouveau avec délectation cette nourriture divine. Tu seras en moi et moi je serai avec Toi.

Seigneur, par ce geste d'humilité, Tu m'as fait découvrir ce cadeau incomparable qu'est la communion à l'Eucharistie du Christ. Oui, Seigneur, je veux T'honorer comme ce que j'ai de plus sacré. Je veux que tous sachent combien l'humanité n'a jamais reçu de cadeau plus grand que ce sacrement, dans lequel elle est honorée et sauvée

Tiens ! J'irai à cette procession de la Fête-Dieu. Ça tombe bien ! Je porterai une bannière comme ils le demandent. D'ailleurs, c'est marrant... D'habitude, ça fait longtemps que je suis déjà parti pour les annonces.

Mais après tout, qu'ai-je donc à faire de si important pour ne pas passer quelques minutes de plus auprès de Toi, Seigneur ? Pour ne pas prendre le temps de connaître davantage tes autres enfants que tu me donnes comme frères.

Quelle drôle de messe, vraiment ! Comme chaque fois, je suis entré dans cette église comme un automate. Pourtant, j'ai la foi et je suis fidèle à la messe du dimanche depuis mon enfance. Mais l'habitude, les préoccupations de la vie, la flemme, mon autosuffisance, mes vanités, mes autojustifications ont progressivement changé une rencontre personnelle avec Dieu en une simple pratique. Pourtant, chaque dimanche que Tu me donnes, Tu Te donnes à moi, Tu me montres ton amour, Tu me donnes des frères pour que je puisse poursuivre ton œuvre. Aujourd'hui, à cette messe, Tu m'as invité à prendre plus au sérieux ce Saint-Sacrement, parce que si le chrétien ne le prend pas au sérieux, alors qui s'en souciera !

Que chaque dimanche de ma vie me rappelle cette drôle de messe, où j'ai découvert que la communion au Corps du Christ est le plus beau don et le plus grand honneur qui soient offerts  à toute l’humanité et à moi.

Seigneur, que cette fête du Saint-Sacrement me le rappelle toujours.

Amen.
don Vincent